Naturalisation

Exposition temporaire

03.04 - 16.10.2022
Naturalisation | Immersion dans la fabrique des Suisse·sse·s

La nouvelle exposition du Musée gruérien traite un sujet d’actualité: elle propose de vivre l’expérience de la procédure de naturalisation telle qu’elle se déroule en Gruyère. La scénographie immersive invite le public à jouer différents rôles, à entrer dans la démarche administrative de la «fabrique des Suisse·sse·s, et à se poser des questions: que signifie «être suisse» aujourd’hui? Pourquoi vouloir devenir Suisse? La naturalisation résout-elle toutes les questions d’appartenance et de discrimination? L’exposition, la publication et le programme de médiation qui l’accompagnent ont été développées conjointement par le Musée gruérien, Anne Kristol (Université de Neuchâtel), Janine Dahinden (Université de Neuchâtel) et le photographe Francesco Ragusa, avec le soutien du Fonds national suisse. 

«L’identité suisse est souvent réduite à une vision stéréotypée qui ne correspond pas à la diversité actuelle des titulaires de papiers suisses» observent Anne Kristol et Janine Dahinden. Pour les deux universitaires, le processus de naturalisation est un bon observatoire de la diversité des Suisses·sse·s et de la suissitude.

L’exposition et la publication questionnent la manière dont l’acquisition de la citoyenneté est réglementée aujourd’hui en Suisse, son déroulement et les images du pays qu’elle mobilise. Qui décide des critères par lesquels on peut devenir suisse? Quel est le parcours que doit effectuer un· candidat·e au passeport suisse? Pourquoi la politique de naturalisation suisse est-elle restrictive en comparaison internationale?

Dans notre pays le droit de cité est obligatoirement accordé par une commune. Photographique, ethnographique et participative, l’exposition se concentre particulièrement sur le canton de Fribourg. Une enquête de terrain a été réalisée entre 2020 et 2021 par Anne Kristol dans plusieurs communes du district de la Gruyère dans le canton de Fribourg.

Innovante et immersive, la scénographie donne à voir les lieux, les décors et les objets qui forment le contexte du processus de naturalisation à travers les photographies de Francesco Ragusa. Elle fait aussi entendre la parole des acteur·ice·s de ce processus tout en retraçant le parcours des futur·e·s naturalisé·e·s, sans oublier celles et ceux qui doivent recommencer la procédure ou finissent par renoncer.

Le parcours commence avec une «roue de la fortune» qui attribue une nationalité. Être né en Suisse plutôt qu’en Syrie relève, en effet, d’une loterie qui détermine une grande partie des opportunités dans la vie. Dans la salle d’attente, les participant·e·s découvrent les différentes étapes de la procédure à venir. Passé cet espace introductif, le public entre dans une succession labyrinthique de pièces. Un peu comme dans un jeu de l’oie, une bonne réponse permet de poursuivre son chemin, une mauvaise réponse renvoie au point de départ. Dans la salle d’audition sont diffusées les questions des membres de commission. Le public est invité à évaluer ses connaissances et à prendre position : est-ce que je connais la réponse à cette question? Est-elle légitime?

L’exposition se poursuit avec un couloir historique, une galerie de portraits et un espace interactif : l’application Nexplorer permet de définir les contours de sa propre identité suisse à l’aide d’un questionnaire en ligne, avec pour résultat un drapeau suisse dont la forme correspond à son profil. Pour conclure, les «lauréat·e·s» marchent sur un tapis rouge et obtiennent le précieux passeport; leurs sont accordés de nouveaux droits et de nouveaux devoirs en tant que citoyen·ne·s suisses. Mais le passeport suisse change-t-il tout? L’exposition se conclut en questionnant la situation des Suisse·sse·s naturalisé·e·s au regard des discriminations et de la reconnaissance de leur appartenance.

Fresque participative – Et toi, quelle est ton identité?

Durant trois ateliers participatifs organisés par le Service de la jeunesse de Bulle, les enfants et les
jeunes ont pu expérimenter les notions d’identité multiple, de naturalisation, et s’exprimer sur une fresque de 9 mètres de long. Faisant écho à l’exposition «Naturalisation – Immersion dans la fabrique des Suisse·sse·s.», la fresque comporte trois parties dans lesquelles les enfants et les jeunes ont, à travers des images et des dessins, pu s'exprimer sur ces différents sujets et la manière dont ils résonnent en eux.

Elle est exposée au rez-de-chaussée du musée du 3 avril au 29 juin.

Biographies

Janine Dahinden (1967) est professeure d’études transnationales, directrice de la MAPS (Maison d’analyse des processus sociaux) et cheffe de projet dans le nccr – on the move, à l’Université de Neuchâtel. Elle s’intéresse dans ses recherches à la compréhension des processus de mobilité, de migration, de transnationalisation et de création de frontières, et à leur production simultanée d’inégalités liées à l’ethnicité, à la racialisation, la classe, la religion ou le genre. Plus de détails sur www.janinedahinden.net

Anne Kristol (1987) est anthropologue, formée aux Université de Fribourg, Neuchâtel et Nova-Lisbonne. À la fois chercheuse en sciences sociales et manager culturelle, elle a assumé le rôle de commissaire pour l’exposition « naturalisation ». Dans le cadre du nccr – on the move, ses recherches portent sur la mise en oeuvre des politiques de citoyenneté et les dynamiques d’inclusion et d’exclusion dans le cadre de la naturalisation. Dans le domaine culturel, elle a travaillé depuis 2009 à la mise en place et coordination de différents projets, notamment dans le cadre du Belluard Bollwerk International, avec la chorégraphe Sofia Silva, ou pour la Régie culturelle de la Ville de Fribourg.

Francesco Ragusa est né en 1979 à Fribourg où il vit et travaille en tant que photographe professionnel. Spécialiste de la photo d’architecture, de la reproduction de tableaux et d’objets, il exerce en tant qu’indépendant et pour le Musée d’art et d’histoire de Fribourg. Dans ses projets personnels, il développe un regard documentaire original mis en valeur par diverses publications et expositions. Son intérêt pour les espaces construits et sociaux l’amène à renouveler constamment sa pratique photographique qui se trouve en équilibre entre la rigueur et l’audace.

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